« 3 novembre 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16332, f. 9-10], transcr. Sylviane Robardey-Eppstein, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8942, page consultée le 04 mai 2026.
3 novembre [1837], vendredi après-midi, 4 h. ½
Cher petit bien-aimé. Je souffre mais je ne suis pas du tout grognon. Je vous aime.
Je suis heureuse, du moins je viens de l’être. Il est vrai que j’ai l’espoir de ne
pas
vous revoir de toute la soirée, ce qui diminue d’autant l’impression de bonheur de
tout à l’heure. Je voudrais que tous les beaux-frères ambitieux1 fussent à tous les cinq cents
diables2.
Je vais me dépêcher de me
débarbouiller pour travailler pour vous. Combien que vous me paierez, hein ? Oh la
la,
ça me fait mal… C’est vous qui en êtes la cause, méchant Toto. Tiens, voilà la nuit.
Oh ! oh ! vite, que je vous dise que vous êtes mon Toto bien aimé, que vous êtes très
beau et très méchant. Je vous prie si vous y pensez de m’apporter quelque chose en
cadeaux sans aucun calemboura. Il
y a très longtemps d’ailleurs que vous ne m’avez accabléeb de vos bienfaits et puis il n’y a que
les honteux qui perdent à ne rien demander. Moi je redemande et je n’obtiens rien,
c’est toujours ça de gagnéc. Soirpa, soir man. Pensez à moi. Je vous aimerai encore plus si c’est possible.
Juliette
1 Juliette est jalouse du temps que Hugo passe avec son beau-frère Paul Foucher. Celui-ci fera représenter le mois suivant le drame Guillaume Colmann au Théâtre de la Porte-Saint-Martin (23 décembre 1837). Certains chroniqueurs y ont trouvé des similitudes flagrantes avec la manière des drames de Hugo, insinuant que ce dernier avait pu collaborer à l’œuvre, voire en être l’auteur (Foucher lui servant de prête-nom). Quoi qu’il en soit, Hugo a pu intercéder auprès de Harel pour faire recevoir le drame en question.
2 Être aux cinq cents diables : être loin de toute civilisation, perdu au milieu de nulle part.
a « calembourg ».
b « accablé ».
c « gagner ».
« 3 novembre 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16332, f. 11-12], transcr. Sylviane Robardey-Eppstein, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8942, page consultée le 04 mai 2026.
3 novembre [1837], vendredi soir, 9 h.
Il paraît que vous avez endossé le fameux habit noir. Grand bien vous fasse et à M. Barthe1 aussi. Moi je rage, comme toujours. J’ai travaillé ce soir, moins vite que l’autre jour parce que chemin faisant j’ai lu plusieurs numéros que je ne connaissais pas. Je vais achever pourtant ce soir les trois volumes qu’ila me reste encore à faire. Vous aurez à répondre à bien des faits nouveaux que je trouve au fur et à mesure dans mon travail2. Nous verrons comment vous vous en tirerez. Si j’étais derrière vous dans ce moment-ci, il est probable que je vous donnerais de fameux coups de piedb par-dessous les basques de votre magnifique habit. Mais prenez-moi donc à votre service, vous verrez comment vous serez servi dans des occasions comme celle-ci. Hum, que j’aurais du plaisir à vous habiller moi-même. Quel admirable quart d’heurec je vous ferais passer. C’est bien malheureux que vous ne donniez pas encore dans le luxe des GROOOMES3. J’aurais été le vôtre et vous auriez été très heureux et moi aussi, au lieu que comme je suis je bisque, je rage et je mange du fromage plus qu’à discrétion. Je vous aime en attendant, et de toute mon âme encore.
Juliette
1 Hugo fréquente Félix Barthe sans doute dans le cadre du procès qu’il prépare contre la Comédie-Française.
2 Juliette se charge de passer en revue les journaux, pour le décompte des représentations des pièces de Hugo et le calcul de ses droits, etc., en vue du procès qu’il prépare contre la Comédie-Française (voir également la lettre du lendemain).
3 En français, l’introduction du mot « groom » (jeune valet ou laquais), emprunté à l’anglais, est encore très récente (1826), ce qui peut expliquer son orthographe fantaisiste sous la plume de Juliette.
a « qui ».
b « pieds ».
c « quard-d’heure ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent en Belgique, où elle prend le train pour la première fois.
- 20 févrierMort d’Eugène, frère de Victor Hugo, à Charenton.
- 26 juinLes Voix intérieures.
- 3 juilletPromu officier de la Légion d’Honneur.
- 14 août-14 septembreVoyage avec Hugo en Belgique et dans le nord de la France.
